Episode 7 : Shahin Hazamy, le journaliste des quartiers

Depuis très jeune, Shahin Hazamy aime prendre des photos. Armé de son appareil, ce jeune homme de 26 ans originaire de Cergy-le-Haut sillonne les quartiers de la région parisienne pour dénoncer ce quil s’y passe. Violences policières, racisme, émeutes, mais aussi actions solidaires mises en place par les habitants. Ce qui lui importe, c’est avant tout de montrer le réel.

Un jeune un peu perdu

Comme de très nombreux jeunes, de cité ou non, Shahin Hazamy ne sait pas trop quoi faire de sa vie. Après une enfance dans le vingtième arrondissement de Paris, il déménage dans le quartier de Cergy-le-Haut où il poursuit sa scolarité. Son parcours est assez classique, quoiqu’un peu chaotique.

Sans être le dernier de la classe, Shahin Hazamy n’est pas un élève modèle. En vérité, l’école ne lui plaît pas, il n’arrive pas à s’y concentrer et ne travaille que dans les matières qu’il aime. À cause de cela, quand il choisit d’aller en bac général, on lui annonce qu’il n’a pas le niveau, et il est réorienté en bac professionnel.

Même s’il n’apprécie pas du tout ce cursus, Shahin Hazamy s’accroche et obtient son bac. La preuve qu’il avait des facilités insoupçonnées : il a la meilleure note de sa classe en Histoire-géo, la seule matière qu’il l’intéressait.

Son diplôme en poche, il décide de se lancer dans l’entrepreneuriat. En parallèle de ses études, il avait déjà mis un pied dans le monde du travail, en livrant des pizzas pour se faire des sous. Cette fois, il crée sa propre société de transport. Shahin Hazamy est inséré professionnellement, tout semble rouler. Mais son existence va prendre un autre tournant.

Montrer la vie dans les banlieues…

Shahin Hazamy a toujours été quelqu’un de curieux. Quand il était plus jeune, son cousin lui a offert un appareil photo, ce qui lui a permis de pousser cette curiosité de plus en plus loin. Au début, il se met à prendre des photos de ce qui l’entoure : ses amis, les quartiers, Paris, le quotidien. Même les émeutes sont passées par son objectif. Au bout d’un moment, il crée un compte Instagram pour y poster ses clichés.

Même s’il gère son entreprise de transport, on le contacte pour venir photographier des mariages et autres événements. Pourtant, ce n’est pas ce que Shahin Hazamy a envie de faire. Il a envie d’être utile pour son environnement.

C’est de ce constat qu’est née sa vocation à être reporter indépendant. Street reporter. Avec sa page Instagram, aujourd’hui suivie par 28 000 personnes, il entend montrer la vraie vie dans les banlieues, aussi bien le positif que le négatif. Et lui-même est également actif !

En 2017, il lance avec les jeunes du quartier où il habite les « maraudes », qui consistent à aller aider les sans-abri des environs. Pour cela, des cagnottes sont organisées, et les gens du quartier se mobilisent. Shahin Hazamy est fier d’annoncer que chaque maraude a permis de nourrir une centaine de sans-abri.

… mais aussi la violence qui y règne

Mais avec son média indépendant, Shahin Hazamy dénonce également les violences policières, la discrimination, les émeutes, le racisme qu’il y a dans les cités. Ayant grandi dans ce milieu, il ne compte plus le nombre de fois où il a été contrôlé par les policiers, mais aussi humilié, insulté, arrêté. Il essaye donc de présenter cette réalité à ceux qui le suivent.

Il ne prend aucun parti : tout ce qu’il fait, c’est montrer le réel tout en restant objectif. Ce que de très nombreux médias ne font pas, selon lui. Pour Shahin Hazamy, la plupart des journalistes ne sont pas neutres et s’affichent du côté des policiers. Pire, ils semblent contents quand des violences éclatent dans les banlieues. Eh oui, les émeutes et les bagarres font vendre…

En étant indépendant, Shahin Hazamy n’a pas de compte à rendre, ce qui lui permet d’être libre dans son écriture et ses photos. Malgré cela, une énorme pression pèse sur lui, avec des risques de censure et de suppression de sa page Instagram dès qu’il touche à des sujets trop sensibles.

Il s’en rend compte aujourd’hui, ses dénonciations dérangent, mais beaucoup le soutiennent et le remercient de montrer la réalité du terrain.

Car c’est ce que Shahin Hazamy veut faire et continuera de faire : montrer la vraie vie, sans filtre déformant, sans avis, pour encourager les gens à se créer leur propre opinion.

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