Episode 13 : Ali Kajeiou : Du quartier à ingénieur en aérospatiale. Le parcours inspirant d’un homme au service de l’égalité des chances.

Tenter médecine pour finalement se retrouver livreur de pizza… Telle est la désillusion qua vécue Ali Kajeiou, un jeune homme de Goussainville dont le rêve était de devenir pédiatre. Pourtant, loin de se laisser arrêter par ce coup du sort, il a réussi à rebondir aujourdhui dans laérospatiale.

Médecine : le rêve d’une vie

Depuis tout petit, Ali Kajeiou n’a qu’un rêve en tête : devenir pédiatre. Atteint d’une maladie chronique, il est souvent hospitalisé, et à ses yeux, les médecins sont de vrais héros. Lui aussi veut aider les gens, et surtout les enfants.

Ça tombe bien, Ali Kajeiou est très bon en mathématiques et en sciences, ce qui lui ouvre un Bac S. Arrive donc enfin le moment tant convoité : l’entrée en médecine. Et là, c’est la douche froide. Ali Kajeiou rate de peu le concours pour y accéder. Son niveau est suffisant pour tenter d’aller en pharmacie, mais ce n’est pas ce qu’il avait envie de faire. Écœuré, il enchaîne les petits boulots pour subsister : intérim, manutention, gestionnaire de stock, livraison de pizzas…

Il y rencontre des personnes qui l’encouragent, le poussent à agir et à gagner confiance en lui. C’est le moment de réfléchir : que veut-il faire de sa vie ? En parallèle de son rêve, Ali Kajeiou a, depuis la troisième, une passion pour l’aéronautique et l’espace. À cette époque, son professeur de technologie était un véritable passionné, en plus d’être pilote de ligne. Il lui avait même fait passer son BIA, Brevet d’Initiation à l’Aéronautique. Mais pour Ali Kajeiou, ce n’est qu’une passion personnelle, pas une voie d’avenir…

Pourtant, c’est vers elle qu’il va se diriger. Il participe à un APJ (aide au projet jeune) de la ville de Goussainville et obtient une bourse qui l’aide à s’inscrire en école d’ingénieur spécialisée en aérospatiale. Un nouveau monde s’offre à lui, il y apprend notamment la motorisation, qui le conduira par la suite à être embauché chez ArianeGroup comme innovation analyst.

Eurêka ! Je réussis ! : un accompagnement par les jeunes et pour les jeunes

Le parcours d’Ali Kajeiou n’était pas tout tracé, ce qui a permis au jeune homme de réaliser que dans les quartiers, on n’avait pas forcément de modèles auxquels se raccrocher. Pire, on ignore souvent les aides qui sont mises à notre disposition, par la communauté, la ville ou l’État. En parallèle de ses études, puis de son travail, il a donc décidé de s’investir pour inverser cette tendance.

Quand il a obtenu sa bourse avec l’APJ, Ali Kajeiou a dû choisir une activité bénévole en contrepartie. Son dévolu s’est porté sur l’association Eurêka, à Goussainville, qui propose du soutien scolaire. D’abord tuteur de maths, il est ensuite devenu trésorier, puis président, fonction qu’il occupe encore aujourd’hui. L’objectif de cette association est simple : faire émerger le potentiel des jeunes scolarisés, la notion de confiance en soi et de leur donner les outils qui leur permettront de se projeter vers un avenir d’excellence.

L’action d’Eurêka s’articule autour de trois pôles. Tout d’abord, les tutorats de la réussite, correspondant à du soutien scolaire tous les week-ends. Des étudiants du bac +2 au bac+7 viennent dans les locaux pour enseigner aux jeunes et les aider à pallier leurs lacunes.

Ensuite, l’association propose une ouverture culturelle qui se concrétise par une sortie par mois dans un lieu, soit scientifique et industriel, soit littéraire et artistique. Il s’agit d’une ouverture au monde auquel les jeunes des quartiers n’ont pas forcément accès. Le succès est au rendez-vous, puisque le taux de participation explose à chaque fois, autant du côté des élèves que des accompagnateurs… et même des parents !

Et enfin, Eurêka aide les jeunes à découvrir le monde professionnel et les différents cursus qui s’offrent à eux. L’association propose notamment le forum Orient’Action, organisé chaque année dans le lycée et un collège de la ville. Elle guide également les étudiants s’ils choisissent de se réorienter, chose qui n’est pas simple à gérer…

Un travail main dans la main avec les institutions

Eurêka existe depuis plus de dix ans maintenant. Son action est portée par ses nombreux bénévoles et par Ali Kajeiou qui veut faire bouger les choses. Mais si l’association peut mettre en place autant d’événements et d’activités, c’est aussi parce qu’elle est soutenue par la ville et les institutions publiques.

Installée dans de minuscules locaux de 16 m2, Eurêka se voit prêter par la mairie des salles pour certains événements. C’est notamment le cas pour certaines tables rondes organisées avec les parents et les enfants pour échanger sur des thématiques importantes. Le harcèlement scolaire, le cyberharcèlement, les écrans et le numérique, et le mythe de la crise d’adolescence ont déjà été abordés, en présence de spécialistes de la question.

Les sorties culturelles sont également encouragées et quelques fois sponsorisées par la municipalité ou d’autres structures, ce qui aide les jeunes à découvrir des lieux parfois très éloignés de Paris, comme la cité médiévale de Provin ou les plages du débarquement en Normandie.

Ali Kajeiou veut en profiter pour présenter aux jeunes tous les privilèges que les institutions mettent à leur disposition sans qu’ils ne le sachent. Sciences Po Paris, par exemple, réserve chaque année un certain nombre de places pour les jeunes des banlieues, avec un concours spécial à l’entrée. Il veut vraiment montrer à ceux qui rejoindront Eurêka tout ce qui s’offre à eux pour avancer dans la vie et trouver leur voie, comme lui-même l’a trouvée.

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