Episode 3 : Chahinaz Berrandou, co-fondatrice de « Plume Banlieue »

La honte de venir de banlieue. Ce sentiment, de très nombreux jeunes l’éprouvent aujourd’hui dans les quartiers prioritaires. Et pourtant, la culture là-bas n’a jamais été aussi forte et présente. C’est ce que souhaite valoriser Chahinaz Berrendou au travers de Plume Banlieue, un espace de parole et de partage qu’elle a contribué à créer.

Une passion pour les mots

Toute petite, Chahinaz a un rêve : être archéologue. Hélas, on lui fait vite comprendre qu’il est extrêmement compliqué de faire ce métier. Qu’à cela ne tienne, elle décide alors de devenir journaliste. Les mots la passionnent, autant quand elle les écrit que quand elle les entend dans des textes de rap français qu’elle adore.

Pourtant, au collège, Chahinaz commence à s’inquiéter. Les concours pour entrer en école de journalisme coûtent très cher, et elle sait qu’elle n’aura jamais les moyens financiers d’atteindre son rêve. Malgré cela, elle ne se laisse pas décourager et continue son parcours scolaire, en L.

C’est ainsi qu’en première, avec ses camarades, elle se retrouve aux portes ouvertes de la Sorbonne. À ce moment-là, Chahinaz se sentait un peu démotivée, car après une visite à Sciences Po Paris, une étudiante leur avait clairement fait comprendre qu’ils n’avaient pas leur place là-bas. « Ils », les jeunes de banlieue dont elle fait partie.

Pourtant, elle croise la route d’un professeur d’histoire médiévale qui lui explique le programme. Elle qui a toujours été passionnée d’histoire a un nouvel objectif : entrer à la Sorbonne. C’est là qu’elle étudie aujourd’hui, en licence d’histoire et d’arabe.

Mais Chahinaz n’oublie pas son rêve premier : devenir journaliste. Alors qu’elle étudie à la Sorbonne, elle contacte des dizaines de journalistes, notamment spécialisés dans le rap, pour avoir leur témoignage. Et c’est la révélation : la plupart ne sont jamais passés par des écoles de journalisme.

C’est en particulier le cas de Ouafa Mameche, journaliste et éditrice indépendante qui a suivi… un cursus d’histoire à la Sorbonne ! Cette dernière prend Chahinaz en stage et lui apprend son métier. Une expérience incroyable qui a bien servi à la jeune étudiante de 21 ans.

Plume Banlieue : la voix de la cité

À l’été 2019, Chahinaz est contactée sur les réseaux par Foulématou Dioni Niakaté, une jeune femme qui souhaite monter un média avec des portraits de banlieusards et qui voudrait l’interviewer. Comme elle n’a pas spécialement envie de parler d’elle, Chahinaz a une meilleure idée : lancer un projet toutes les deux.

C’est ainsi qu’est né Plume Banlieue. Ce n’est pas vraiment un média, comme le précise Chahinaz, plutôt un espace d’expression et de parole sur Internet. En effet, avant de créer Plume Banlieue, elle voulait parler des cités et de ce qu’elle éprouvait au quotidien, mais elle ne trouvait pas d’endroit pour le faire.

Plume Banlieue regroupe donc des textes, des photos, des dessins, des vidéos, tous pour témoigner de la vie dans les banlieues. Mais aussi de la vie en général et de ce que ressentent les jeunes aujourd’hui. Il s’agit d’un vrai pont entre la culture urbaine et la société, suivi par presque 8 000 abonnés sur Instagram.

Ainsi, Chahinaz et Foulé Dioni ont rassemblé toutes les personnes qu’elles connaissaient et qui étaient partantes pour le projet. Désormais, Plume Banlieue compte 10 dessinateurs, 7 écrivains, 5 portraitistes, un graphiste et quelques vidéastes, tous bénévoles.

Mais, au-delà de cette solide équipe, des dizaines de jeunes internautes souhaitaient eux aussi prendre part à l’aventure. Chaque jour, Chahinaz dit recevoir des textes, des photos, des illustrations que les gens veulent publier dans Plume Banlieue. Elle et ses camarades ont donc créé une rubrique spéciale, « Le Bitume s’exprime », pour que chacun puisse prendre la parole, sans jugement ni hiérarchie. 

Des portraits de banlieusards pour inspirer

S’il y a quelque chose que Chahinaz déplore, c’est de ne pas avoir eu de modèles dans sa jeunesse. Certes, elle admirait des chanteuses telles que Diam’s ou Kenza Farah. Mais elle n’avait pas de femmes de banlieue devenues entrepreneuses, par exemple, à qui s’identifier.

Pire, elle et de très nombreux jeunes éprouvent de la honte à venir des banlieues. Depuis leur enfance, on leur répète que pour s’en sortir dans la vie, ils devront quitter le quartier, mais aussi travailler beaucoup plus dur que les autres. C’est ce qui conduit certains à renoncer à leurs rêves.

Chahinaz ne veut pas de ça pour les jeunes générations, dont son petit frère fait partie. Elle souhaite que lui et tous les autres soient fiers de leur héritage et de la culture des banlieues qui est si riche et de plus en plus présente partout.

Avec l’équipe de Plume Banlieue, elle essaye donc d’inspirer les jeunes en mettant en avant des portraits de banlieusards qui ont réussi sans forcément quitter la cité. Et les retours des abonnés leur prouvent qu’ils ne travaillent pas dans le vent. Certains leur écrivent pour les remercier et leur dire que Plume Banlieue les a confortés dans leur choix d’études ou de carrière.
Ainsi, au-delà d’être la voix de la cité, Chahinaz , Foulé Dioni et tous les bénévoles du projet ont atteint un autre objectif : devenir une véritable source d’inspiration pour la jeunesse des quartiers.

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