Episode 16 : Mara Kanté : la résilience comme guide

La résilience. C’est un mot lourd de sens que Mara Kanté prononce en parlant de son parcours. Et cette qualité est en effet sa plus précieuse alliée dans la vie. Le cheminement de cet homme de 34 ans fut ponctué de douloureuses épreuves. Mais grâce à sa force, il est parvenu à les surmonter et à avancer.

Le football : une véritable vocation

Très tôt, Mara Kanté comprend que l’école n’est pas faite pour lui. Originaire de Villiers-le-Bel, dans le Val-d’Oise, il a un parcours scolaire plutôt classique, si ce n’est que les cours ne l’enchantent guère. En parallèle de l’école, il s’adonne au sport, un moyen de se « sortir de la galère », selon ses propres mots.

D’abord amateur de danse avec sa grande sœur, il finit par se diriger vers le football, comme tous ses amis. Ce sport a véritablement structuré sa jeunesse. On lui a inculqué des valeurs essentielles à ses yeux : la rigueur, la discipline, l’exigence, le dépassement de soi. Il a également appris à travailler en équipe et a développé des liens sociaux avec des personnes différentes de lui.

Bien vite, le football prend toute la place dans la tête et le cœur de Mara Kanté, qui ne se voit plus faire autre chose. Après le collège, il s’inscrit en BEP, mais dès le deuxième semestre, il abandonne : ce n’est clairement pas ce qu’il a envie de faire. À ce moment-là, il n’avait aucun modèle de réussite par les diplômes. Son modèle à lui, c’est le sport. Le sport et les sportifs qu’il admire et qu’il veut égaler.

En tout cas, s’il a arrêté l’école, ce n’est pas pour traîner dans la rue. Mara Kanté se donne à fond dans sa passion : il veut y arriver. Il a le niveau pour intégrer un centre de formation, mais en attendant, il rejoint un club à Brétigny-sur-Orge. Il doit faire plus d’une heure de transports en commun pour s’y rendre, mais qu’importe. Il est passionné et heureux de faire ce qu’il aime. Pourtant, ce rêve qu’il avait presque concrétisé s’est étiolé en 2007, à la suite d’un événement tragique.

La chute… puis la résilience

En 2007, Laramy et Mohsin, deux jeunes de Villiers-le-Bel, meurent renversés par une voiture de police tandis qu’ils roulaient en moto. Des émeutes et de violentes révoltes éclatent dans les banlieues de la ville, la police est caillassée et se fait tirer dessus. Dénoncé comme l’un des participants alors qu’il n’a rien fait, Mara Kanté se retrouve en prison.

Trois ans d’emprisonnement et un d’isolement viennent remplacer les rêves de football du jeune homme, alors âgé de vingt ans. Un énorme coup dur pour Mara Kanté. Mais celui-ci encaisse et ne baisse pas les bras. D’abord en colère, il découvre la lecture pendant son incarcération et dévore les livres par dizaines. Les mots l’apaisent, le grandissent et transforment sa façon de penser. Ils lui apprennent la résilience.

À sa sortie de prison, Mara Kanté se retrouve livré à lui-même. La société parle de l’égalité des chances, mais à ce moment-là, il ne peut que constater la solitude dans laquelle l’État le laisse. Stigmatisé, sans diplômes, sans aides de la part des structures d’insertion, il se sent délaissé.

Mara Kanté tente malgré tout de raccrocher avec son rêve et quitte Villiers-le-Bel pour la province. Là, il intègre un club de football, mais les résultats ne sont pas à la hauteur de ses attentes. Il se met alors à travailler dans une association d’insertion professionnelle.

Néanmoins, il fait un constat amer : lorsqu’on a fait une fois de la prison, la justice ne nous lâche plus. Mara Kanté se retrouve de nouveau incarcéré, pour deux mois. Son association d’insertion aurait pu le soutenir en lui offrant un CDI, pour l’aider à sortir la tête de l’eau après cette pénible épreuve. Au lieu de quoi, on lui a proposé une fin de contrat.

Un nouvel espoir pour une nouvelle vie

Grâce à cette résilience que la prison et la vie lui ont apprise, Mara Kanté a décidé de raconter son parcours au travers d’un livre : Préjugé(s) coupable(s) : Villiers-le-Bel, une vie après les émeutes. Il a co-écrit l’ouvrage avec une journaliste du Parisien.

Une page s’est ainsi tournée, et un nouveau départ attend désormais Mara Kanté. À 34 ans, il a choisi de reprendre ses études avec comme objectif de devenir avocat. Actuellement en DAEU, il souhaite par la suite obtenir une licence, un master et le barreau. Il s’agit d’un défi d’envergure, bien plus dur que la prison, selon lui qui a quitté l’école il y a bien longtemps.

Pourtant, Mara Kanté ne compte pas abandonner. Au contraire, il est fier de chacune de ses avancées, de chaque petite réussite scolaire. Il ne veut plus de boulots alimentaires, plus se laisser ralentir. Lui-même le dit, la réinsertion professionnelle n’existe pas : tout n’est qu’évolution et transformation. Son parcours l’a mené jusqu’à ce DAEU, et il s’accrochera pour obtenir son précieux diplôme d’avocat.

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