Episode 12 : Lauren Lolo : Comment sortir de l’impuissance politique dans les quartiers ?

La politique est au cœur de notre État. Et pourtant, bien nombreux sont les citoyens à sen désintéresser, ou pire, à n’avoir aucune connaissance du sujet. Les banlieues sont d’autant plus touchées, et c’est ce qua constaté Lauren Lolo, qui a grandi dans ce milieu. Étudiante, élue, fondatrice d’association, et surtout, passionnée, cette jeune femme de vingt-quatre ans vise un objectif : remettre la politique au centre des préoccupations des citoyens français.

Le hasard de la découverte de la politique…

La vie de Lauren Lolo semble être un enchaînement de hasards qui l’ont menée là où elle est aujourd’hui. Cette jeune femme originaire de Clichy-sous-Bois a grandi dans un climat d’émeutes et de couvre-feu avant de déménager dans le Val-d’Oise. Elle a vu les inégalités et les violences policières, ce qui l’a amenée à s’interroger : pourquoi tout cela existait-il ?

Après la troisième, Lauren Lolo va en seconde générale. Mais, au moment de choisir son orientation pour la première, ça coince : S ou ES ? Son père l’encourage à aller en scientifique, ce qu’elle fait, mais c’est le fiasco, et Lauren Lolo redouble pour se rendre en filière économique. Tout de suite, elle est épanouie, elle pose beaucoup de questions, s’intéresse à plein de sujets.

Sa vie va néanmoins prendre un tournant quand, à la suite d’une opération pour une scoliose, elle finit paralysée des jambes. Obligée de faire de la rééducation pour retrouver sa mobilité, Lauren Lolo s’inscrit dans un nouveau lycée, dans le 16e arrondissement. Tout un nouveau monde s’ouvre à elle, elle fréquente pour la première fois des Parisiens. Et sa surprise est grande lorsqu’elle constate leurs connaissances en politique et sur l’actualité du pays. À leur contact, sa conscience politique s’éveille lentement mais sûrement.

… et d’un cursus scolaire fait pour elle

Malgré ses problèmes de santé, Lauren Lolo obtient son bac, mais sa convalescence l’a un peu découragée, elle décide d’aller en DUT pour faire des études courtes. Mais dès le premier semestre, elle arrête, car elle n’aime pas ce qu’elle fait.

En vérité, comme beaucoup de jeunes de banlieue, Lauren Lolo s’était bridée elle-même pour vite entrer dans la vie active. Pire : elle l’avait fait car le DUT était l’un des seuls cursus qu’elle connaissait, puisque sa sœur l’avait fait avant elle. Elle n’avait tout simplement pas connaissance de la multitude de parcours qui existent en France.

Elle décide alors d’aller en droit, mais il lui reste six mois avant la rentrée. Que faire, en attendant ? Un peu par hasard, Lauren Lolo s’inscrit à un service civique pour développer l’implication citoyenne. C’est la révélation, elle travaille au contact des gens et aime vraiment ça. Quand vient la rentrée, Lauren Lolo réalise que le droit ne lui plaît finalement pas tant que ça, et elle bifurque vers sciences politiques, où elle adore ce qu’elle fait. C’est d’ailleurs toujours ce qu’elle fait aujourd’hui, en Master d’Intervention et développement social.

En parallèle, Lauren Lolo s’investit dans des associations, donne des cours de soutien scolaire, participe au Conseil régional des jeunes d’Île-de-France. Elle apprend également l’éloquence avec Eloquentia. Elle est même depuis peu élue à la mairie de sa ville.

Mais pendant son parcours, même si c’est difficile à croire compte tenu de tout son investissement, Lauren Lolo sentait qu’elle pouvait faire plus. Et c’est ce qu’elle a fait, en créant Cité des chances.

Cité des chances, une association citoyenne

Pendant ses études dans le 16e, Lauren Lolo a été marquée par le manque de mixité sociale parmi ceux qui s’intéressaient à la politique et à l’actualité. Pourtant, les gens dans les banlieues sont tout autant des citoyens que les Parisiens, pourquoi ne sont-ils pas sensibles à ces problématiques ? Il semblerait que ce soit en grande partie dû à un manque d’informations et de connaissances. Comment s’intéresser à ce que l’on ne connaît pas ?

Lauren Lolo décide alors de créer une association avec son ami Brandy Boloko. Leur but : montrer aux citoyens le pouvoir qu’ils possèdent en réalité, les sensibiliser à agir et leur faire découvrir tout ce qui existe dans le paysage politique et qu’ils ignorent. Voilà comment est née Cité des chances.

Ouverte aux lycéens, cette association propose différents ateliers et actions pour faire découvrir aux jeunes quelle est leur place dans la société et comment s’insérer dedans. D’abord cantonnée à quelques idées à deux dans la salle à manger de Brandy Boloko, Cité des chances compte aujourd’hui 70 membres et a étendu son action sur toute l’Île-de-France.

Les bénévoles veulent montrer des choses concrètes aux jeunes : le rôle de chaque membre de la politique, l’importance de voter, le fonctionnement d’une élection… L’association propose pour cela des ateliers d’éloquence, des simulations parlementaires et des accompagnements pour l’insertion professionnelle.

L’une de ses actions, La cité a voté, se concentre principalement sur les élections et permet aux jeunes de rencontrer les candidats aux élections municipales ou départementales. C’est l’occasion de leur montrer ce qu’il se passe en coulisses et de les laisser poser toutes les questions qu’ils ont.

La simulation parlementaire

L’une des actions de Cité des chances est on ne peut plus concrète : il s’agit d’une simulation parlementaire. Les jeunes incarnent différents acteurs du système politique et doivent ensemble voter et débattre une loi. Cet atelier s’étale sur six semaines au minimum, à raison de deux heures par semaine, et permet aux lycéens de voir concrètement comment les choses se déroulent dans le monde politique.

En parallèle, des professionnels du milieu viennent présenter leur travail et leurs actions : des ministres, des députés, des lobbyistes, des journalistes… Ils guident les jeunes pour qu’ils arrivent à les incarner au fil de la simulation, de manière à rendre l’exercice aussi réaliste que possible.

Il n’est pas rare qu’au départ, certains lycéens soient démotivés, ne voient pas l’intérêt d’un tel « jeu », n’aient pas envie de s’investir. Pourtant, à chaque fois, ils se laissent emporter. Lauren Lolo le remarque avec satisfaction, au fur et à mesure des séances, tous se mettent à débattre avec passion, à poser des questions, à s’intéresser de plus en plus au sujet. Signe que, si elle n’est pas terminée, son action a eu l’effet escompté.

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